histoire des chsld
Gérontosphère
HISTOIRE DES CHSLD
Gérontosphère
Quelle était la mission des premiers établissements d’hébergement ?
Michel Bigaouette, Sociologue et ergonome
La même que celle des CHSLD ? Non !
Nés au début des années 1990, les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) du Québec offrent, entre autres, des services d’hébergement de même que des services infirmiers et médicaux. Leur clientèle est constituée d’adultes en perte d’autonomie fonctionnelle. Ne pouvant plus résider dans leur milieu de vie naturel, ceux-ci espèrent y vivre dans un milieu de vie comme substitut. C’est la mission contemporaine d’un CHSLD.
Lire la suite
Saviez-vous que cet énoncé est différent de celui des premières institutions d’hébergement ? Du moins, chez celles qui accueillaient des vieillards. Au milieu du 19e siècle, la personne âgée malade ou sénile, incapable de prendre soin d’elle-même, peut être hébergée dans un asile ou un hospice.
Les communautés religieuses les administrent et y dispensent les soins. Les sœurs s’empressent de prendre en charge les nouveaux résidents. Ceux-ci reçoivent à manger et un bon lit. Mais, l’essentiel est de sauver leur âme. Ces lieux sont imprégnés de religion. Le deuxième évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget (1799-1885), les désigne comme étant des maisons de charité (1).
Pour ce dernier, elles sont vues comme étant un lieu de retraite et des lieux de fin de vie. Leur mission est d’aider le vieillard à vivre « une belle mort ». Par de ferventes prières, par l’assiduité à entendre des instructions religieuses, par la réception fréquente des sacrements et, par l’exercice de la patience, le vieillard peut se préparer à paraître devant Dieu. Il importe que sa mort soit bonne, car, il n’y a rien de plus terrible qu’une mort dans le péché (2).
« La mort des saints est précieuse aux yeux de Dieu. Aussi, doit-elle être l’objet de tous vos désirs. Car le Saint-Esprit nous déclare que ceux-là sont heureux qui meurent dans le Seigneur. C’est elle qui nous ouvre la porte du ciel. Rien donc de plus nécessaire et de plus désirable qu’une bonne mort, comme aussi rien de plus terrible qu’une mauvaise mort, la mort dans le péché » (3).
Selon Bradbury, « cette idée légitime le travail des religieuses et leur appel à la générosité du public. Le succès des maisons de charité dépendait des liens que les religieuses qu’elles tissaient entre leurs œuvres, leurs pauvres et l’ensemble de la communauté spirituelle et économique de Montréal » (4).
Il reste que, les CHSLD sont toujours des lieux de fin de vie. Mais, l’accompagnement du mourant est bien différent de nos jours.
_________________________________
1 Bradbury, B. (1992). Mourir chrétiennement : la vie et la mort dans les établissements catholiques pour personnes âgées à Montréal au XIXe siècle. Revue d’histoire de l’Amérique française, 46 (1), 143–175. https://doi.org/10.7202/305051ar
2 Ignace Bourget. (1876) Lettre pastorale de Mgr. L’Évêque de Montréal, concernant les catholiques qui, dans leurs maladies, vont se faire soigner à l’Hôpital général protestant. Église catholique. Diocèse de Montréal. Évêque (1840-1876 : Bourget). CIHM/ICMH microfiche series; no. 46984.
3 Idem
4 Bradbury, B. (1992). Mourir chrétiennement : la vie et la mort dans les établissements catholiques pour personnes âgées à Montréal au XIXe siècle. Revue d’histoire de l’Amérique française, 46 (1), 143–175. https://doi.org/10.7202/305051ar
Travailler dans les CHSLD est-il dangereux ?
Michel Bigaouette
Sociologue et ergonome, Gérontosphère
De nos jours, les dangers du travail en CHSLD sont bien présents. Le fichier des lésions professionnelles de la CNESST révèle qu’en 2021, 6 577 lésions ont été indemnisées. Les troubles musculo-squelettiques, les maladies contagieuses et les actes de violence y sont largement représentés. Œuvrer dans un CHSLD n’est donc pas sans risque ! Faut-il s’en étonner ?
Certainement pas ! Cette situation problématique prévaut depuis très longtemps. À l’évidence, le travail était dangereux dans les premiers établissements d’hébergement de la Nouvelle-France. Ce sont les hôpitaux généraux fondés à Québec (1692) puis à Montréal (1694) par des communautés religieuses catholiques. Asiles, hospices, orphelinats, pensionnats et … CHSLD sont leurs descendants.
Jusqu’au milieu du 19e siècle, le travail dans ces organisations est fait par des religieuses. La charité est leur base de fonctionnement. Ayant fait vœu de pauvreté, ces femmes non salariées s’activent auprès des démunis qu’ils soient enfants, femmes, vieillards, infirmes, indigents ou autre. À quels périls, le travail les expose-t-il ? Diverses sources documentaires en témoignent.
En 1755, Mgr de Pontbriand demande aux sœurs grises de l’hôpital général de Montréal de soigner les « varioleux ». Du fait de ce travail, une des religieuses hospitalières est infectée :
« Nous avons vu sœur Véronneau leur prodiguer des soins et ses veilles avec tant d’assiduité qu’elle-même fut atteinte du fléau. Le typhus qui vint s’ajouter bientôt à la petite vérole ne la fit pas périr, mais il lui laissa un affaiblissement mental dont elle ne se remit jamais ».
Sœur Véronneau ne sera pas la seule infectée. Jusqu’à la fin du 19e siècle, plusieurs de ses collègues vont mourir, victimes d’une infection. Variole, typhus, et autres pathogènes sont en cause. Rappelons à notre mémoire, le décès de la bienheureuse Émilie Gamelin. Elle meurt du choléra en 1851.
Mais, il n’y a pas que le risque infectieux qui menace. Qu’il s’agisse des soins ou d’autres activités, les efforts excessifs sont fréquents. L’activité de lessive en est un exemple tangible. En 1764, sœur Céloron transportait un cuvier de linges. Combien pesait-il ? C’en était trop pour ses forces, elle s’affaisse : « Une lésion interne s’était produite et (…) elle fut en peu de jours aux portes du tombeau ».
L’hiver, la lessive expose les sœurs à des engelures :
« Ainsi les voyait-on dans les grands froids de l’hiver laver elles-mêmes la lessive sur le fleuve Saint-Laurent, autour des trous qu’on avait faits à la glace, et revenir ensuite chargées de glaçons qui pendaient à leurs vêtements ».
Pour les communautés, protéger la santé et la sécurité des sœurs représente un défi. La récurrence des maladies et accidents dus au travail engendrent de l’absentéisme et modifient le fonctionnement organisationnel. Une évidence s’impose : il faut en faire plus pour contrer les dangers. Invoquer la protection divine ne suffit pas. La prévention serait-elle une partie de la solution ?

